LE CHASSEUR, L’OGRE ET LE CAMELEON

M’Pihaza était un chasseur redoutable, le meilleur du pays sans doute. Sa proie favorite était le sanglier, qu’il tuait à la sagaie. Mais il savait prendre les petits oiseaux au filet, piégeait les pigeons verts et les pintades et avait même un secret pour prendre les canards au collet. Il passait son temps à la chasse et quand il traquait un gros sanglier solitaire, il restait parfois loin de chez lui une nuit entière et dormait à la belle étoile.

Un jour, il suivit une pintade dont il avait cassé une aile à la fronde. Il la poursuivit longtemps et son chien finit par la retrouver dans la montagne.

Il attrapa la pintade, la tua, la pluma et s’apprêtait à la faire griller au bord de la rivière quand il vit un monstre arriver : c’était un Ogre, une espèce d’homme sauvage couvert de poils, aux mains énormes et griffues, aux dents aiguës, sur des mâchoires puissantes.

M’Pihaza prit sa sagaie et visa soigneusement le monstre au coeur. Mais l‘Ogre saisit la sagaie en plein vol et la brisa sur son genou. Il éclata d’un rire tonitruant :

« Chasseur, pauvre petit chasseur ! Grille ta pintade, donne-la à manger à ton chien, puis mange ton chien et ensuite je te dévorerai tout entier ! »

   M’Pihiza n’en menait pas large. Son chien s’était réfugié derrière ses jambes et gémissait doucement.

Il prit la pintade et la coupa en quatre morceaux qu’il mit à la broche sur des baguettes de bois vert. Il ne savait que faire et baissait la tête, essayant vainement de réfléchir, regardant l’Ogre du coin de l’oeil. On entendit alors une voix tranquille qui venait du ciel.

« Chasseur, écoute l’Ogre. Il a raison : donne la pintade à ton chien puis mange ton chien. L’Ogre te mangera ensuite et j’aurai à mon tour le très grand plaisir de le manger ! »

l’Ogre chercha dans l’arbre, et ne vit rien : la voix mystérieuse tombait peut-être du ciel . Il était inquiet :

« Qui es-tu et où es-tu ? » demanda-t-il ? 

« Je suis le grand Invisible. J’adore manger les petits ogres bien tendres comme toi. J’ai déjà mangé quelques-uns de tes proches et je sais que je vais me régaler !...D’ailleurs le feu est déjà prêt !... »

Cette fois, l’Ogre prit peur et détala. On ne le revit plus jamais dans la contrée.

M’Pihaza chercha dans les fourrés puis dans les arbres et il finit par apercevoir, aussi vert que la feuille qui l’abritait, un simple petit caméléon.

«- Bonjour, Chasseur d’ogres ! » dit le caméléon

«- Bonjour et merci, petit caméléon  ! » répondit M’Pihaza.

         Et c’est depuis cette chasse que les Malgaches respectent, vénèrent ou craignent les caméléons.