
ELLE EST NOIRE
1
Je lis en diagonale un polar assez nase :
Un espion virginien lâché dans le Caucase.
Quelques oiseaux de nuit commencent leurs chansons
Et la mer vaguement mugit à l’horizon…
Elle est là, elle m’attend ; elle n’aime que moi…
Je crois.
Je l’entends sous la douche : elle fredonne très bas
Quelque chose d’ancien que je ne connais pas.
Elle se lave, elle se parfume, elle se prépare
Méticuleusement comme pour un départ.
Elle est noire, plus très jeune, elle n’aime que moi…
Je crois.
2
Elle vient dans le lit, se couche sans un mot
Les cheveux dénoués, elle reste sur le dos
Elle attend, elle se tait, elle ne sait pas encore
Si son puissant seigneur la désire ou s’endort.
Elle est tendre, elle est simple, elle n’aime que moi…
Je crois.
Or son vieux schnock aussi la désire d’amour
Son gros cœur cabossé démarre au quart de tour
Pour ce voyage quotidien toujours nouveau
Où il devient fontaine et jeune et presque beau !
Elle est forte, elle est femme, elle n’aime que moi…
Je crois.
3
Et le plaisir viendra attendu et docile,
Un petit cri discret dans la maison tranquille.
Elle va s’endormir allongée contre moi,
Une main sur ma hanche et tiède dans mes bras.
Elle est tendre, elle est simple, elle n’aime que moi…
Je crois.
Et les yeux au plafond, dans la chambre qui dort,
Tandis que tous les bruits s’éteignent au dehors,
J’entends son souffle régulier comme un murmure
Je l’écoute dormir et pourvu que ça dure…
Elle est là, elle est mienne, elle n’aime que moi ;
Je crois…